Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 14:10


1anglaissoustropiques2.jpg

Un anglais sous les tropiques

Willian Boyd

Editions du Seuil (poche Points Seuil)

 1998

 

Un incontournable ! Ce livre est la référence pour qui veut comprendre la vie des néo-colons européens en Afrique. La référence pour comprendre pourquoi l'Europe n'apporte pas le développement aux pays d'Afrique.


C'est aussi un livre drôle et des fois un peu triste qui décrit une société de personnages tous un peu râtés, un peu perdus dans cette Afrique et dans leurs préjugés de "blancs". 


Mais personne n'est ni bon ni mauvais dans cette histoire. Tout le monde est très médiocre, une médiocrité qui ressemble à du vécu. 

L'auteur a connu ce milieu des expatriés européens en Afrique subsaharienne, il y est né. Il a l'air de savoir de quoi il parle.

Et à ce jeu du néo-colon, les Anglais ont l'air assez semblables aux Français.


Un livre juste sur une situation injuste. A faire à ceux qui souhaitent s'expatrier, ou pas.

Par mokona noir - Publié dans : Littérature - Communauté : Litterature
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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 14:28

defense-lincoln.jpg La défense Lincoln

Michael Connelly

Seuil

Points (poche)

2005 (2006 pour traduction française)

 

 

D'habitude je ne suis pas fan de romans noirs mais pour celui-ci je fais une exception. Il a l'originalité d'être un roman de cours (court novel en anglais). C'est à dire que le personnage principal est un avocat et que l'essentiel de l'action se passe au tribunal autour de procès.

 

Là, le personnage principal est avocat. Et un avocat de la défense. Ce roman explique bien comment fonctionne la justice pénal aux Etats-Unis, le rôle des avocats de la défense, des procureurs, des juges, des détectives privés. Tout est là.

Comme dans les autres romans de Connelly, l'action se situe à Los Angeles.

 

Original, cet avocat travaille essentiellement dans sa voiture, une Lincoln (une voiture de luxe américaine qui existe en limousine). On le voit évoluer d'un client à un autre, d'une affaire à une autre jusqu'à ce qu'il tombe sur un riche client accusé de tentative de viol et de meurtre.

 

Le suspense est haletant et les rebondissements sont nombreux. La peinture sociale du milieu judiciaire et de la justice pénale aux Etats-Unis est sans concession. Un très bon roman noir.

 

P.S. : Aucun lien avec un fait divers qui mobilise les médias en ce moment mais un roman qui permet de comprendre de façon ludique ce qu'est la justice pénal américaine.

P.P.S. : Je n'ai pas vu de film (qui vient de sortir) tiré de cet ouvrage mais le scénario est déjà très bon.

Par mokona noir - Publié dans : Littérature - Communauté : Litterature
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Mercredi 1 juin 2011 3 01 /06 /Juin /2011 16:49

corpus-delicti.jpg Corpus delicti : Un procès

Juli Zeh

Actes Sud

2010

 


 

Un livre intelligent et original. Ce roman est en même temps un roman d'anticipation et un roman judiciaire. Dans un avenir proche, en Allemagne (pays de l'auteur), une jeune femme a affaire à la justice.

Juli Zeh nous décrit une société totalitaire basée sur la santé et donc hygiéniste au maximum où tout le monde est beau et gentil (ou presque). Assez éloigné de tout exemple historique et original par rapport à d'autres romans d'anticipations. 

C'est bien vu de la part de l'auteur ; la façon dont les personnages croient dans le système et comment le doute s'installe petit à petit en eux. Comment ils vivent de l'intérieur ce totalitarisme, comment ils y adhèrent et ne sentent pas écrasés par ce système et pourtant comment ils ne l'acceptent pas au fond d'eux-même et ont besoin de liberté. 


Juli Zeh utilise pour cela le genre du roman judiciaire où les ressorts de l'action se font autour d'un procès, celui du personnage principal et ses liens avec l'affaire judiciaire qui fut celle de son frère. Le nombre de personnages est limité à l'essentiel et leur rôle défini par celui qui est le leur pour ce procès, la juge, l'avocat, le journaliste, etc... 

L'écriture (je l'ai lu dans sa traduction en français) est efficace - phrases courtes et chapitres très courts - mais suffisamment profonde pour disserter sur le sens de la vie, le respect du système, le besoin de révolte. 

L'intelligence de ce roman repose autant sur la narration qui tient en haleine le lecteur avec un suspense efficace que sur des réflexions de philosophie politique généralistes. Attention ce n'est pas pour autant un essai philosophique, cet ouvrage reste une oeuvre de divertissement, à la lecture aisée et amusante.


Juli Zeh, un auteur que je vais m'efforcer de suivre. 

Par mokona noir - Publié dans : Littérature - Communauté : Litterature
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Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 17:05

gossip-girl-S1-copie-1.jpgGossip Girl

Réalisateurs : Stephanie Savage, Josh Schwartz

Acteurs : Leighton Meester, Blake Lively, Chace Crawford

D'après les romans de Cecily von Ziegesar

 


 

Cette série télé dont le public cible est celui des adolescent peut tout à fait être regardée par des personnes plus âgées.

D'abord parce qu'elle est bien jouée, franchement ils ont réussi à trouver une série d'acteurs qui bien que jeunes sont crédibles dans leurs rôles, ensuite parce que les personnages des parents, quadra en crise eux aussi, sont suffisamment crédibles, présents dans l'action et finalement attachants (et ils ont pas choisis les acteurs les plus moches, comme pour les jeunes d'ailleurs).

Et surtout parce que l'univers décrit, les décors, les intrigues sont très intéressant. Cette chronique suit directement celle sur l'ouvrage Le président des riches de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot parce que le sujet est presque le même. Gossip Girl c'est la description de l'oligarchie de New York avec les yeux des adolescents de la plus chic école privée de Manhattan. 

Les personnages Serena, Blair, Nate, Chuck, Dan sont dans l'équivalent français d'une "prépa" (ils ont dix-huit ans environ), si j'ai bien compris ils doivent entrer à l'université l'année prochaine et évidemment ils visent les universités les meilleurs des Etats-Unis, celle de l'Ivy League (l'épisode sur le sujet est d'ailleurs assez truculent).

Leurs petits frères et soeurs sont dans les mêmes écoles (car il y en a deux, une pour les filles et une pour les garçons - vive l'égalité des sexes de cette classe sociale) mais dans l'équivalent de la seconde (ils ont quatorze, quinze ans).

Les parents sont en crise de couple. 

Cette saison repose, d'un point de vue social du moins, sur l'intrusion de la famille Humpfrey (Dan et Jenny) dans ce milieu social de "l'élite new-yorkaise", ce que l'on peut aussi appeler l'oligarchie américaine. Eux, ce sont les "pauvres" car leur père est juste le propriétaire et gérant d'une galerie d'art et ancienne star du rock des années quatre-vingt dix, la mère et peintre et ils habitent un loft loin de Manhattan. Voilà la pauvreté face à l'oligarchie.

Eux ce sont la famille van der Woodsen (Serena et Eric) dont la mère après un enième divorce vient d'aménager avec eux dans un hôtel luxueux, celui du père de Chuck Bass (où celui-ci habite aussi avec son père). Tandis que Blair Waldorf, elle habite avec sa mère récemment divorcée et créatrice de mode (elle a sa propre marque) dans une sorte d'appartement géant où c'est surtout la bonne qui s'occupe d'elle. Le père de Blair vient d'acheter un château en France avec quelques vignes pour aller avec. Enfin tout est à l'avenant.

Mais cette série n'est pas Beverly Hills où tout le monde est beau, riche et gentil. Là tout le monde est beau, pas forcément aussi riche et surtout assez souvent méchant. Et les riches profitent des passe-droit que leur nom leur octroi en échange ils doivent obéir (l'épisode sur le bal des débutants est le summum du genre) jusque dans le choix de leurs conjoints. Ils ont le droit de faire n'importe quoi mais dans la limite de la fidélité à leur classe sociale, en cas de pépin ils peuvent profiter de la solidarité de celle-ci et de leur position sociale supérieure car quoiqu'il arrive à l'un d'entre eux il leur restera de l'argent et du pouvoir.

Le seul bémol à mon avis est le personnage de Georgina qui apparaît dans le dernier tiers de la saison et qui est tellement excessif qu'il est difficile de comprendre ses motivations (en dehors d'une vague logique moralisante du style "la drogue c'est mal !"). 

Voici la lecture de cette série trouvée sur Wikipedia :

"la mise en scène d'une hyperclasse richissime totalement déconnectée du public de la série, provoquent à la fois une fascination pour des héros qui mépriseraient le téléspectateur dans la réalité, mais aussi permettent de détourner l'attention du spectateur vers les produits placés au fil des épisodes et vendus par ailleurs sur le site de la chaîne CW. Comme l'analyse Mona Chollet, "non seulement la série produit de la docilité sociale en substituant l'envie et la fascination à l'hostilité légitime que pourraient susciter ses jeunes héros, mais elle propage dans l'univers de la consommation des mots d'ordre impliquant des dépenses exorbitantes"."

Je pense que cette logique peut exister notamment chez les plus jeunes (et c'est le public cible) mais cette série n'est pas la première à mettre en avant les plus riches (il suffit de penser à Dallas).

Elle a, par contre, le mérite de montrer comment ces "très riches" se comportent avec les "moins riches" (de façon assez méprisante), ce qui est plutôt rare et de montrer qu'ils n'ont rien fait d'autre que naître pour devenir si riches (ils ne sont pas des self-made man ou woman mais juste des héritiers, pourris et gâtés).


 Enfin je n'ai pas lu les romans, qui sont assez méchants aussi si j'ai bien compris mais je crois que cette première saison en respecte l'esprit. 

 

 

Par mokona noir - Publié dans : Série TV
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Jeudi 24 mars 2011 4 24 /03 /Mars /2011 14:34

lepresidentdesriches-copie-2.jpg 

Le président des riches

Enquête sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

Edition Zones

2010

 

 

L'ESSAI indispensable de cette année 2010 !!!

 

Facile à lire, bien documenté, cet ouvrage n'est pas un document universitaire de sociologie urbaine, qui est la spécialité de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, mais un essai énervé de deux universitaires, sociologues spécialistes des riches français face à la prédation exercée par cette oligarchie qui a largement augmentée depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. 


Evidemment, les convictions politiques des Pinçon-Charlot sont à gauche. Pour autant, c'est la première fois qu'ils sortent du cadre "neutre" de la sociologie pour écrire un essai. Leur premier ouvrage commun, déjà sur les riches en France (Dans les beaux quartiers) date de 1989. Car ils sont les grands spécialistes français de la classe sociale la plus aisée. Les habitants des quartiers ouest de la région parisienne (avec Neuilly-sur-Seine comme lieu symbolique central de cette géographie), les grandes fortunes, la grande bourgeoisie, les châtelains sont les objets d'études de ces universitaires depuis vingt ans.


Mais l'élection de Nicolas Sarkozy, sa "nuit au Fouquet's" entouré des plus puissants et des plus riches, et la gestion de la France par le président et son gouvernement depuis 2007, ont fait sortir ces spécialistes de leur neutralité. Dans cet ouvrage, ils montrent que c'est une oligarchie qui nous gouverne ou plutôt qui spolie la France. Une classe sociale au sommet qui exerce le pouvoir politique et économique à son seul avantage et sans chercher ni à le cacher (voir la volonté de nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD décrite dans cet essai) ni à le justifier politiquement. Et tout cela a un impact sur la démocratie et la "cohésion sociale" en France. 


C'est pourquoi après avoir décrit avec force détails, certains drôles d'autres souvent tristes et pathétiques, la mainmise de l'oligarchie, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, dans le dernier chapitre décrive "que faire ?" sur une vingtaine de pages. Un peu d'espoir et de bon sens politique pour conclure. C'est indispensable au vu de la période actuelle. Et surtout, c'est possible. 


Par mokona noir - Communauté : Litterature
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Mercredi 12 janvier 2011 3 12 /01 /Jan /2011 15:03

matteo1.jpg   matteo2  

Mattéo

Jean-Pierre Gibrat

Futuropolis

Première époque 1914-1915 - 2008

Deuxième époque 1916-1917 - 2010

 

Une série en deux tomes, qui peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre. Un graphisme magnifique, tant dans le dessin que dans la mise en couleur. Une histoire sympathique avec quelques faiblesses dans le scénario mais plein de bons sentiments. 

Je reviens donc sur le point fort de cette bande dessinée, son graphisme. Très beau et rare pour raconter une bande dessinée historique.

Enfin, le point de vue historique n'est en fait pas le plus intéressant dans cet ouvrage. Le scénario de la Première époque est bien ancrée dans la réalité historique, du moins c'est l'impression que cela donne. Pour le Deuxième époque, le scénario est plus flou notamment sur son aspect historique.

Mais c'est cohérent, notamment parce que le personnage principal, Mattéo, beau jeune homme espagnol fils d'un anarchiste qui a quitté l'Espagne et qui vit à Collioure en France, est un idéaliste. Il se comporte politiquement comme il se comporte avec les femmes, il préfère les postures belles et courageuses aux postures réalistes et cohérente. Il se laisse entraîner par ses désirs sans réfléchir sur le long terme. Ca le rend antipathique et sympathique à la fois. Et c'est ce qui donne une cohérence entre un dessin très poétique et une histoire dure mais idéaliste. Car l'arrière plan historique est celui de la Première guerre mondiale pour le tome 1 et celui de la Révolution russe pour le tome 2.

 Tout de même, je conseille surtout le tome 1 au tome 2 qui reste plus faible au niveau du scénario.  


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Samedi 20 novembre 2010 6 20 /11 /Nov /2010 14:51

delabeaute.jpg

 

De la beauté

Zadie Smith 

Gallimard

2007

Edité en poche (Folio) en 2009

 

Un livre sympathique, un roman de campus américain mais qui a le charme des romans anglais. Car Zadie Smith est anglaise et fortement influencée par Hanif Kureishi, auteur du fabuleux Un bouddha de banlieue. Du moins, c'est mon point de vue, car les thèmes de ce roman De la beauté, sont la famille, famille compliquée et aimante, le métissage, car cette famille comme celle de Zadie Smith elle-même ou celles décrites par Hanif Kureishi sont métissées. 

Pour le reste, on est tout de même dans le roman de campus façon John Irving avec un prof d'université entre deux âges comme personnage principal. Celui-ci est en crise personnelle et sa famille est en crise collective et individuelle. Ce n'est pas une crise sociale qui est décrite ici, car le milieu des personnages est assez aisé, et ils fréquentent les pauvres essentiellement pour se donner bonne conscience ou une image de rebelle de gauche. Non, juste les personnages sont un peu dépressifs, ils s'ennuient dans leur vie, dans le personnage qu'ils se sont construits. Mais ils sont gentils et plein de bons sentiments. 

Cela peut sembler un peu léger comme sujet de roman, et ça l'est, mais comme c'est bien écrit, ce livre est agréable à lire. Le style est brillant sans ostentation. On sent que la jeune Zadie Smith a le potentiel de devenir un grand écrivain. Il est toujours intéressant de lire les oeuvres de jeunesse d'auteurs aussi prometteurs que Zadie Smith. 

Et je met un clin d'oeil aux scènes de choeurs d'hommes, récurrentes dans le roman, qui sont très drôles et donnent un charme fou à cet ouvrage. 

 



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Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 15:12

santiago.jpg

Santiago

Mike Resnick

Edition original en anglais :

Tor Books

1986

Editions en français :

Denoël

1993

Folio SF (poche)

2003

 

Un beau space opera ! Santiago est une sorte de western intergalactique. Un peu kitch, il faut le dire, lorgnant presque vers l'heroic fantasy mais qui reste un space opera assez classique ou presque.

 

Le pitch est le suivant : une série de personnes recherchent Santiago, le plus dangereux hors la loi de la galaxie. En tout cas, c'est le desperado avec la plus grosse prime de l'univers sur sa tête. Et donc, il est la cible la plus recherchée des chasseurs de prime. En tout premier, Sébastien Cain, l'Oiseau-Chanteur. Puis la Reine Vierge, la journaliste Vertu MacKenzie. Le Joyeux Vagabond, collectionneur voyou. Et enfin, l'Ange, le plus grand chasseur de prime. Et bien d'autres encore qui les entourent. Des personnages hauts en couleur, drôle et violents, qui hantent la Frontière, cette série de planètes aux marges de la Démocratie où vivent renégats et E.T.

 

Mike Resnick place son intrigue dans un monde entre « Il était une fois dans l'Ouest » et « Star War » mais tout à fait original avec ses propres valeurs, ses héros, ses traitres, ses méchants, ses victimes. Tout y est même un pasteur et des peaux-rouges. Un petit livre univers original qui fait tout autant sourire que réfléchir. Car au fond de tout cela, il y a la question de quel est notre place dans l'univers, quelle voie choisir, enfin toutes ces questions qui sont la base de la vie.

 

Je verrai bien ce livre mis en couleur en bande-dessinée et je crois que personne ne l'a fait pour le moment. Peut-être Mike Resnick ne le désire pas ou alors personne ne lui a proposé jusque là. Avis aux dessinateurs ! Si quelqu'un le fait, prévenez-moi que j'achète la BD en avant première.

 

Par mokona noir - Publié dans : Littérature - Communauté : Litterature
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Mercredi 13 octobre 2010 3 13 /10 /Oct /2010 15:14

gourmet_solitaire.jpg

Le gourmet solitaire

Scénario : Kusumi Masayuki

Dessin : Taniguchi Jiro

Editeur : Casterman

2005

 


Un livre incroyable ! Un scénario très original ! En fait, le schéma de ce manga est le suivant : un homme - le gourmet solitaire - dans le cadre de son métier de commercial au Japon, se retrouve à manger dans les endroits divers et variés.

 

Et chaque repas est un chapitre du manga :

- occasion de montrer différents mets de la cuisine japonaise ou internationale (pas la grande cuisine mais la cuisine simple, celle des petits restaurants et des gargotes où l'on retrouve "monsieur ou madame tout le monde") ;

- occasion de se rémémorer les souvenirs de sa vie (juste des petites histoires et pas de grands drames) ;

- occasion de décrire les personnes qui l'entourent dans ces restaurants, les patrons qui racontent un morceau de vie, les femmes au foyer du sushi bar (un des meilleurs chapitre à mon goût - surtout que j'adooorrre les sushi !), ce qui donne un petit aperçu de la vie quotidienne des japonais ;

- occasion de décrire des lieux du Japon, surtout dans et autour de Tokyo, qui donnent envie d'aller voir à quoi tout cela ressemble en vrai.

 

Tout cela avec un ton très discret, très calme, quelque chose du tempérament japonais comme on l'imagine.  

 

Et puis, comme toujours, le dessin de Jiro Taniguchi est magnifique, parfaitement adapté à la modestie et à la discrétion du ton, tout en étant de grande qualité. Mais comment fait-il pour être aussi bon !  

 

Un manga que je conseille fortement aux gourmets, aux gourmands, aux amateurs de tranche de vie, aux amateurs du Japon, à tout le monde ou presque !!!

 

PS : cette critique a aussi été publiée sur le site http://www.bulledair.com

Par mokona noir - Publié dans : BD - Communauté : autour de la BD
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Mercredi 13 octobre 2010 3 13 /10 /Oct /2010 07:34

 

lacarteetleterritoire.jpg

 

La carte et le territoire

Michel Houellebecq

Flammarion

2010

 

Pour reprendre contact avec ce blog, autant commencer par le buzz de la rentrée : et oui, je l’ai lu, le dernier Houellebecq. Et comme j’aime les polémiques, les engueulades littéraires, les mises au pilori et les portées aux nues justifiées comme injustifiées, je me suis, avec délectation, repais des textes critiques qui ont circulés autour de ce livre.


Les impressions que j’en retiens sont diverses, mais d’abord La carte et le territoire m’a fait oublier le triste ouvrage Ennemis publics d’échange d’idées par courriel entre Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy. Je dois avouer que je n’ai pas lu cet ouvrage mais que cet échange de pensées entre deux auteurs dont je me sens aux antipodes dans le domaine des idées m’a fait un très mauvais effet.


Car oui, je l’avoue, je n’aime pas Houellebecq, le penseur, misogyne, islamophobe, nihiliste, égocentrique et que sais-je encore (il est possible que j'exagère un peu n'étant une spécialiste de la pensée de cet écrivain). Pourtant j’admire le romancier (j’ai lu quelques uns de ses romans et tous m’ont laissé une forte impression) et le poète (je n’ai pas lu ses recueils de poésies mais seulement certains poèmes par-ci par-là).


Cette capacité qu’il a de décrire le monde dans lequel nous vivons, du moins nous, les Français du début du XXIème siècle. Une description sans concession, cynique et drôle, qui appui là où ça fait mal et sur ce que l’on préfère garder caché. Un auteur qui dévoile les secrets de familles, qui décrit parfaitement, la société de consommation, le monde du travail, les relations hommes-femmes, l’ennui contemporain et encore mieux la dépression (cette maladie, dont les Français sont les champions, du moins si l’on se réfère à la consommation d’antidépresseurs). Evidemment, pour cela, le Livre avec un grand L, est L’extension du domaine de la lutte.


Pourtant ce que j’aime aussi chez Houellebecq c’est son côté auteur de genre. Quand il va sur le terrain de la science-fiction, il est l’un des meilleurs. Meilleur styliste que les plupart des auteurs de science-fiction (même s’il n’est pas le meilleur pour le récit) et plus amusant que tous ceux qui écrivent des romans « sérieux ».


 

Et alors me direz-vous, La carte et le territoire ? La carte et le territoire, oui.


Que je suis déçu, ce n’est pas vers la science-fiction que tend cette œuvre littéraire mais vers le polar ! Bon, je n’aime pas particulièrement le polar et d’après les spécialistes, la partie polar est assez mauvaise, personnellement je reconnais que le suspense n’est pas très intense. Après tout Houellebecq a écrit une biographie de Lovecraft et pas de Ellroy. M’enfin, ce n’est pas ce qui fait la qualité de La carte et le territoire.


D’autres se réjouissent que cette œuvre soit une « autofiction » réussie. Je ne le pense pas. Bien sûr, l’auteur se met en scène lui-même, il y a un personnage qui porte son nom (et je crois jamais son prénom) et même le narrateur le nomme de façon assez amusante « l’auteur de … » et selon l’humeur un titre écrit par Houellebecq suit. Ca c’est un peu drôle. Mais de mon point de vue, ce n’est pas du tout de l’autofiction ! Le narrateur n’est pas Houellebecq et son personnage n’évolue pas dans un passé proche mais dans un futur plus ou moins proche. C'est là où ce livre frôle la science-fiction mais c'est plutôt de l'anticipation. De l'anticipation, un peu drôle où Jean-Pierre Pernault est une vedette homosexuelle, mais surtout ennuyeuse comme un journal de 13 heures de Pernault.

 

Et c'est ça – l'ennui – la principale caractéristique de ce roman. Ennui qui a été dénoncé par Tahar Ben Jelloun et Pierre Assouline (Oh ! Comme la la critique littéraire est amusante quand elle est brillante et méchante à la fois !). Ennui qui permet aux critiques positifs d'encenser cette oeuvre comme étant une description réaliste et cynique de notre époque (voir celle de Cabinet de lectures de Rue 89). C'est assez juste, à mon avis. Mais j'ajouterai de cet ennui vient aussi du côté « politiquement correct » de ce livre : pas de provocation, pas de misogynie excessive comme dans Les particules élémentaires, pas de scènes de sexe à tendance pornographique (et sans grand intérêt narratif) comme dans La possibilité d'une île, pas de personnage qui devient fou et remet en cause les fondamentaux de son époque. Rien de dérangeant, rien de choquant, du Jean-Pierre Pernault cynique en quelque sorte. Est-ce une qualité ? Probablement est-ce ce qui fera de cet ouvrage une oeuvre plus accessible que les précédents Houellebecq.

 


Une oeuvre plus apte à obtenir le prix Goncourt ? Ce livre a-t-il été sciemment rendu si lisse par son auteur dans ce but ? Ou alors est-ce qu'en vieillissant Houellebecq devient moins mordant ? Ou enfin a-t-il trouvé des antidépresseurs qui le rendent presque gentil ? Trêve de plaisanterie, La carte et le territoire est un livre relativement ennuyeux et c'est ce qui le rend intéressant. Il est bien écrit parfois un peu drôle. Pour le fun, en voici ma citation préférée : « en dehors de certaines zones très touristiques comme l'arrière-pays provençal ou la Dordogne, les habitants des zones rurales sont en général inhospitaliers, agressifs et stupides ».

 

 

Bonne rentrée littéraire à tous !

 

P.S. : Mise à jour du 08 novembre 2010 - Le prix Goncourt 2010 a été attribué à Michel Houellebecq pour La carte et le territoire


Par mokona noir - Publié dans : Littérature - Communauté : Litterature
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